03-12.206
Arrêt n° 237 du 16 décembre 2005
Cour de cassation - Chambre mixte
Rejet
Demandeur(s) à la cassation : Epoux X...
Défendeur(s) à la cassation : M. Jacques Y... et autre
Par arrêt du 13 juillet 2005, la troisième chambre
civile a renvoyé le pourvoi devant une Chambre mixte ; le premier
président a, par ordonnance du 30 novembre 2005, indiqué que cette
Chambre mixte sera composée des première, deuxième, troisième chambres
civiles, de la chambre commerciale, financière et économique et de la
chambre sociale ;
Les demandeurs invoquent, devant la Chambre mixte,
les moyens de cassation annexés au présent arrêt ;
Ces moyens ont été formulés dans un mémoire déposé au
greffe de la Cour de cassation par la SCP Peignot et Garreau, avocat des
époux X... ;
Un mémoire en défense et des observations ont été
déposés au greffe de la Cour de cassation par Me Le Prado pour M. Y...,
un mémoire en défense a été déposé par Me Cossa pour Mme Z..., épouse
A... ;
Des observations ont également été déposées au greffe
de la Cour de cassation par la SCP Peignot et Garreau ;
Le rapport écrit de Mme Marais, conseiller, et l'avis
écrit de M. de Gouttes, premier avocat général, ont été mis à la
disposition des parties ;
(...)
Sur le second moyen :
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Amiens, 23 octobre
2002), que M. Y... a saisi le tribunal paritaire des baux ruraux d’une
demande en résiliation du bail rural qu’il avait consenti à Mme
Z...-A... ; que le 27 janvier 1997, alors que l’affaire était pendante
devant la cour d’appel, M. Y... a conclu avec M. X... une promesse de
vente portant sur les biens donnés à bail, sous la condition suspensive
du non exercice du droit de préemption par le preneur en place ; que Mme
Z...-A... ayant exercé ce droit, le 15 mai 1997, avant que l’arrêt de la
cour d’appel du 27 mars 1997, qui prononçait la résiliation du bail, lui
ait été signifié, la vente a été régularisée avec elle, le 15 juillet
1997 ; que le 29 mai 2000, les époux X... ont saisi le tribunal
paritaire des baux ruraux afin de faire annuler cette vente ;
Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt de rejeter
sa demande en annulation de l’acte de vente alors, selon le moyen,
qu’un jugement a autorité de la chose jugée dès son prononcé avant même
d’avoir été signifié ; qu’en l’espèce, le bail consenti à Mme Z...-A...
ayant été résilié par l’arrêt de la cour d’appel d’Amiens en date du 27
mars 1997, celle-ci avait, dès cette dernière date, perdu sa qualité de
preneuse en place et partant, son droit à exercer le droit de préemption
à l’occasion de la vente des biens ruraux par elle mis en valeur ; que
dès lors, en statuant comme elle l’a fait, la cour d’appel a procédé
d’une violation des articles 1350, 1351 du Code civil, 480, 500 et 501
du nouveau Code de procédure civile et enfin L. 412-7 et L. 412-8 du
Code rural ;
Mais attendu que la force de chose jugée attachée à
une décision judiciaire dès son prononcé ne peut avoir pour effet de
priver une partie d’un droit tant que cette décision ne lui a pas été
notifiée ;
Et attendu qu’ayant constaté que l’arrêt du 27 mars
1997, qui prononçait la résiliation du bail et emportait, par voie de
conséquence, retrait du droit de préemption, n’avait été notifié à Mme
Z...-A... que le 30 mai 1997, la cour d’appel en a exactement déduit que
le 15 mai 1997, date du consentement des deux parties sur la chose et
sur le prix, la vente des biens avait été réalisée par l’exercice de son
droit de préemption ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Et attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer sur le
premier moyen qui ne serait pas de nature à permettre l’admission du
pourvoi ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
MOYENS ANNEXÉS
Moyens produits par la SCP Peignot et
Garreau, avocat aux Conseils pour les époux X....
PREMIER MOYEN DE CASSATION
Il est fait grief à l'arrêt infirmatif attaqué
d'avoir déclaré Mme Micheline B...-X... non recevable à agir aux côtés
de son époux Adrien,
AUX MOTIFS QU'il résulte de l'acte conclu entre
Jacques Y... et Adrien X... le 27 janvier 1997 que le premier avait
consenti au second une promesse de vente portant sur les biens litigieux
et donnés à bail à Françoise Z...-A... ; que la seule référence faite à
Mme B... en qualité d'épouse d'Adrien X... est insuffisante à la
considérer partie à l'acte, et ce, peu important qu'elle l'ait par
ailleurs contresigné ; que n'étant pas partie à l'acte, elle ne peut
avoir en toute hypothèse la qualité d'acquéreur évincé ; qu'elle ne
dispose donc d'aucune qualité à agir à l'encontre de Jacques Y... et
Françoise Z...-A...,
ALORS QUE la communauté se compose activement des
acquêts faits par les époux ensemble ou séparément durant le mariage et
provenant tant de leur industrie personnelle que des économies faites
sur les fruits et revenus de leurs biens propres ; que, dès lors, en
statuant de la sorte sans même constater que M. Y... et Mme A..., sur
lesquels reposait la charge de la preuve, avaient établi le caractère
propre des biens en cause ou, à tout le moins, des deniers ayant servi à
l'acquisition, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa
décision au regard des articles 1315, 1401 et 1402 du Code civil.
SECOND MOYEN DE CASSATION
Il est fait grief à l'arrêt infirmatif attaqué
d'avoir débouté M. X... de sa demande en annulation de l'acte de vente
du 15 juillet 1997 entre M. Y... et Mme A... ;
AUX MOTIFS QU'en cas de fraude, l'acquéreur évincé
est fondé à solliciter l'annulation de la vente conclue à son détriment
; que par arrêt du 27 mars 1997, la cour d'appel d'Amiens a prononcé la
résiliation du bail dont était titulaire Mme Z...-A... ; que cet arrêt
lui a été signifié le 30 mai 1997 ; que parallèlement, M. Y... a
consenti à Adrien X... une promesse de vente sur l'intégralité des biens
donnés à bail sous condition suspensive du non-exercice par Mme
Z...-A... de son droit de préemption ; que ce projet de vente a été
notifié à Mme Z...-A... par lettre recommandée du 17 février 1997 ; que
par lettre du 8 avril 1997, Mme Z...-A... a saisi le tribunal paritaire
d'une demande tendant à voir constater qu'elle entendait exercer son
droit de préemption et demandait une réduction de prix ; qu'à l'audience
de conciliation du 15 mai 1997, Mme Z...-A... a réitéré sa volonté
d'exercer son droit de préemption et a indiqué ne plus contester le prix
; qu'ainsi à cette date, la vente des biens litigieux était réalisée,
alors que l'arrêt de la cour d'appel d'Amiens du 27 mars 1997 qui
emportait résiliation du bail, et par conséquent, retrait du droit de
préemption, n'était pas encore exécutoire, ayant été notifié par acte
d'huissier le 30 mai 1997, et n'avait force de chose jugée qu'à compter
de cette date ;
ALORS QU'un jugement a autorité de chose jugée dès
son prononcé avant même d'avoir été signifié ; qu'en l'espèce, le bail
consenti à Mme Z...-A... ayant été résilié par l'arrêt de la cour
d'appel d'Amiens en date du 27 mars 1997, celle-ci avait dès cette
dernière date perdu sa qualité de preneuse en place et partant, son
droit à exercer le droit de préemption à l'occasion de la vente des
biens ruraux par elle mis en valeur ; que dès lors, en statuant comme
elle l'a fait, la cour d'appel a procédé d'une violation des articles
1350, 1351 du Code civil, 480, 500 et 501 du nouveau Code de procédure
civile et enfin, L. 412-7 et L. 412-8 du Code rural.
Président : M. Canivet, premier président
Rapporteur : Mme Marais, conseiller, assistée de Mme Torre, greffier en
chef
Avocat général : M. de Gouttes, premier avocat général
Avocat(s) : la SCP Peignot et Garreau, Me Le Prado, Me Cossa