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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Décision n°
05-D-64
du 25 novembre 2005 relative à des pratiques mises en oeuvre sur le marché des
palaces parisiens
Le Conseil de la concurrence (section III A) ;
Vu la décision du 4 décembre 2001, par laquelle le Conseil de
la concurrence s'est saisi d'office, sous le n° F 1363, de la situation de la
concurrence dans le secteur de l'hôtellerie de luxe ;
Vu la lettre enregistrée le 6 janvier 2003 sous le n° 03/0004
F, par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie a
saisi le Conseil de la concurrence de pratiques mises en oeuvre par les
établissements hôteliers Le Bristol, Le Crillon, Le Four Seasons Hôtel George V,
Le Meurice, Le Plaza Athénée et le Ritz ;
Vu la décision du 10 mars 2003, par laquelle le rapporteur
général a décidé de joindre les affaires F 1363 et 03/0004 F ;
Vu le livre IV du code de commerce relatif à la liberté des
prix et de la concurrence, le décret n° 86-1309 du 29 décembre 1986 modifié et
le décret n° 2002-689 du 30 avril 2002 fixant les conditions d'application du
livre IV du code de commerce ;
Vu les observations présentées par les sociétés Bristol,
Hôtels Concorde gestionnaire du Crillon, Hôtel George V, Meurice, SPA Hôtel
Plaza Athénée et The Ritz Hôtel Limited et par le commissaire du gouvernement ;
Vu les décisions de secret des affaires n° 03-DSA-31 à
04-DSA-36 ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Les rapporteures, le rapporteur général, le commissaire du
gouvernement et les représentants des sociétés Bristol, Hôtels Concorde
gestionnaire du Crillon, Hôtel George V, Hôtel Meurice SPA, Hôtel Plaza Athénée
et The Ritz Hôtel Limited entendus lors de la séance du 27 septembre 2005 ;
Adopte la décision suivante :
- I. Constatations
- A. LA PROCÉDURE
- 1. Le 18 novembre 2001, lors d'un reportage de l'émission
"Capital" de M6
ayant pour thème "les
palaces parisiens", il a notamment été indiqué que les
responsables commerciaux de ces établissements hôteliers avaient pour
habitude de se réunir régulièrement dans le but de s'échanger des données
statistiques d'activité et de s'entendre sur certains tarifs.
- 2. Le 4 décembre 2001, des visites et saisies ont été réalisées par les
enquêteurs de la DNEC sur le fondement de l'article L. 450-4 dans les six
établissements hôteliers cités dans cette émission : le Ritz, le Bristol, le
Crillon, le George V, le Meurice et le Plaza Athénée.
- 3. Par lettre enregistrée le 6 janvier 2003 sous le n° 03/0004 F, le
ministre de l'économie, des finances et de l'industrie a saisi le Conseil de
la concurrence, sur le fondement de l'article L. 462-5 du code de commerce,
de pratiques mises en oeuvre par six établissements hôteliers de luxe de
Paris susceptibles de porter atteinte au fonctionnement de la concurrence
sur le marché de l'hôtellerie de luxe.
- 4. Préalablement à cette saisine, le Conseil de la concurrence s'était
saisi d'office, par décision du 4 décembre 2001, des mêmes pratiques, la
saisine d'office ayant été enregistrée sous le numéro F 1363.
- 5. Par décision du 10 mars 2003, le rapporteur général du Conseil de la
concurrence a joint les affaires F 1363 et 03/0004F.
- 6. Six décisions de secret des affaires ont été adoptées (n° 03-DSA-31 à
04-DSA-36).
- B. LA PLACE DES PALACES PARISIENS EN CAUSE AU SEIN DU MARCHÉ DE
L’HOTELLERIE DE LUXE
- 7. Au 31 décembre 2000, Paris comprenait 120 hôtels
"quatre étoiles"
et "quatre étoiles luxe".
Mais les pratiques reprochées ne concernent que six établissements, le Ritz,
le Bristol, le Crillon, le Meurice, le George V et le Plaza Athénée, qui
occupent, comme il sera démontré ci-après, une place tout à fait
particulière au sein de ces établissements hôteliers que confirment les
éléments du dossier suivants.
1. L ES
DÉCLARATIONS DES DIRIGEANTS DES PALACES
8. Le directeur commercial du George V a déclaré :
"pour ce qui nous
concerne, le marché est constitué par le George V et les cinq autres
établissements que sont le Bristol, le Crillon, le Meurice, le Plaza
Athénée et le Ritz. Ce groupe d'hôtels appartient à la catégorie
"palace" qui relève autant de l'histoire, du prestige de leur
2
- localisation que de leurs performances économiques, laquelle s'établit à
un certain niveau de revenu par chambre disponible "revpar""
.
- 9. La directrice commerciale de l'hôtel Bristol a indiqué
"Par ailleurs, nous
disposons d'indicateurs que nous échangeons entre hôtels de la même
catégorie : pour nous, il s'agit des hôtels Crillon, Meurice, Plaza Athénée,
Four Season George V et Ritz."
- 10. La directrice du Ritz, a déclaré :
"Depuis plus de 20 ans, les
directeurs commerciaux des hôtels 4 étoiles parisiens se réunissent environ
tous les trimestres pour échanger des renseignements d'ordre professionnel
(tendance du marché, information sur les nouvelles technologies; recherche
de personnel, résultats professionnels : taux d'occupation, revenu moyen par
chambre essentiellement). Notre participation s'est interrompue faute de
points communs dans notre activité. En effet, notre revenu moyen par chambre
est beaucoup plus élevé que celui des autres membres participants."
- 11. Dans le même sens, la directrice commerciale du Plaza Athénée a
déclaré : "Lorsque je suis
entrée en fonction, j'ai assisté à une première réunion "palaces de paris"
avec mes collègues des hôtels Bristol, Crillon, Meurice, George V et Ritz.
Cette structure est un regroupement informel d'hôtels de luxe ayant des
prestations équivalentes dans un cadre historique de prestige".
- 12. Pour le directeur des ventes et marketing de l'hôtel de Crillon,
"Les concurrents directs de
l'hôtel de Crillon sont les établissements proposant le même niveau de
prestations. Vis à vis d'une certaine clientèle internationale, nos
concurrents sont aussi les grands hôtels de Rome, Madrid, Londres ou Berlin
et également certains établissements de la côte d'Azur ou d'autres grandes
villes comme Evian ou Biarritz. A Paris, les cinq autres palaces (Ritz,
George V, Bristol, Meurice et Plaza Athénée) offrent des prestations
comparables aux nôtres. Certains hôtels, comme l'Intercontinental, le Royal
Monceau ou d'autres comme le Montalembert, le Pershing Hotel, le Lancaster
et le Raphaël peuvent également être considérés comme des concurrents. Pour
ces derniers, le niveau de prix moyen est d'environ 300 €".
2. L ES
DOCUMENTS SAISIS DANS LES LOCAUX DES PALACES
13. Les documents rassemblés au cours de l’enquête
ont mis à jour des échanges réguliers d’informations entre les six
établissements cités au paragraphe 7, démontrant que la veille
concurrentielle exercée par chaque palace se concentre essentiellement
sur ses cinq concurrents les plus proches.
14. Le plan marketing du Bristol mentionne comme
concurrents les cinq autres palaces et pas d'autres hôtels.
15. Les tableaux saisis dans les locaux du Crillon
reprenant des informations sur leurs concurrents (par exemple, taux
d'occupation et recette moyenne par chambre en 2000), procèdent à des
sous totaux par catégorie d'établissements et les six palaces sont
regroupés entre eux. De même, les nombreux tableaux intitulés "comparatif
des hôtels parisiens" comparent hebdomadairement,
mensuellement ou annuellement les taux d'occupation, le prix moyen par
chambre louée et le revenu par chambre disponible, ou "revpar",
pour chacun des six palaces.
16. Les documents saisis dans les locaux du George V
et intitulés "Four
Seasons Hotel George V Competition Analysis" sont des
tableaux qui récapitulent, mois par mois de
3
- l'année 2001 et pour chacun des six palaces, des informations sur le
taux d'occupation, sur le "fair
market share", "l’actual
market share", un classement selon le taux de remplissage, ainsi
que des indicateurs (market
peneration index, average rate index et revenue generation index)
qui permettent de mesurer les performances relatives des palaces les uns par
rapport aux autres.
- 17. Les informations saisies dans les locaux de l'hôtel Meurice
présentent pour les mois de juillet, août 2001, les parts de marché de
chacun des six palaces, son "revpar"
pour le mois ainsi que le taux d'occupation. Les documents intitulés "market
share analysis" présentent pour le mois de juillet 2001 et pour
le cumul des mois précédents, pour chacun des six palaces parisiens, des
informations sur leur "fair
market share" et sur leur "actual
market share". La directrice commerciale du Meurice a défini
ainsi ces notions : "Le fair
market share correspond à la part du Meurice sur l'ensemble des chambres des
six palaces concurrents sur Paris : George V, Ritz, Bristol, Crillon, Plaza
et Meurice. L'actual market share correspond à la proposition des chambres
vendues par les six palaces de Paris. Ces taux d'occupation sont communiqués
par l'ensemble des palaces concernés, ainsi que le prix moyen par chambre,
de manière mensuelle."
- 18. Le document "2002
Swot analysis", saisi dans les locaux du Meurice, illustre encore
que la veille concurrentielle vise les cinq autres palaces parisiens. Ce
document est présenté par la directrice commerciale du Meurice ainsi : "A
chaque préparation du plan marketing, les directeurs commerciaux des palaces
(mais c'est le cas dans toute l'hôtellerie ou d'autres secteurs d'activités)
établissent une étude SWOT (strength, weakness, opportunities and threats)
dont l'objectif est de connaître, notamment, la structure tarifaire de nos
concurrents".
- 19. Dans les locaux du Plaza ont été saisis des documents intitulés "competition
analysis" qui récapitulent pour les mois de 2001 (juillet, août,
septembre) des informations pour chacun des palaces sur le taux
d'occupation, le chiffre d'affaires et le"revpar".
- 20. Le document intitulé "analyse
de la concurrence 2000", saisi dans les locaux du Ritz analyse,
mois après mois, pour l'année 2000 les performances des six palaces en
termes de taux d'occupation, de prix moyen, de chiffre d'affaires et de "revpar".
Des comparaisons avec l'année précédente sont aussi données.
- 21. Une segmentation, conduite par le cabinet KPMG, a été réalisée pour
l'hôtel Ritz en novembre 2003 lors de l'élaboration d'un plan marketing pour
le compte de cet établissement. Il a été par la suite retiré du dossier
parce que présentant des secrets d'affaires. Toutefois, le Ritz a fourni une
attestation du cabinet KPMG aux termes de laquelle :
"Nous avons étudié
l'environnement concurrentiel du Ritz Paris, nous confirmons que cet
environnement inclut, au-delà des quelques hôtels dits "palaces", d'autres
unités telles que par exemple l'hôtel Park Hyatt d'un niveau catégoriel de
moindre standing. En effet, cet établissement, bien que n'étant pas
individuellement considéré comme un "palace" est, de par sa proximité et la
qualité de ses prestations, considéré comme un concurrent direct du Ritz
Paris sur plusieurs segments de clientèle, tels que les clients affaires
"corporate" et les tours opérateurs sur l'ensemble des marchés français et
étrangers. Dans l'ensemble, les quelques unités dites "palaces" sont
confrontées à une concurrence beaucoup plus diffuse, incluant plusieurs
grands hôtels de haut de gamme de la capitale, ainsi que toute la population
des petits hôtels de luxe dits "boutique hôtels", soit une offre élargie
qu'un plan marketing se doit notamment de prendre en compte".
4
-
3. LA SEGMENTATION DE L'HÔTELLERIE PARISIENNE HAUT DE
GAMME
22. Aux termes de l'arrêté ministériel du 14 février
1986, ultérieurement modifié par les arrêtés des 27 avril 1988, 7 avril
1989, 10 avril 1991 et 18 juin 1992, les hôtels et résidences de tourisme
sont classés en six catégories selon des normes standards de confort. Ces
catégories sont exprimées à l'aide d'étoiles dont le nombre va croissant en
fonction du confort de l'établissement. La catégorie supérieure,
c’est-à-dire les établissements quatre étoiles, est elle-même divisée en
deux sous-catégories : les hôtels quatre étoiles très grand confort et les
hôtels quatre étoiles luxe haut de gamme. Toutefois, si le nombre d'étoiles
correspond à des normes de confort, cette classification ne constitue pas
pour autant un label de qualité.
23. Pour les établissements en haut de gamme, les
professionnels de l'hôtellerie ont recours à une segmentation différente de
la classification réglementaire : elle est à la fois plus précise et
davantage orientée sur le niveau des prestations des établissements. Le
cabinet de conseil PKF Hotelexperts (ci-après PKF), filiale du groupe
Pannell Kerr Forster, est spécialisé dans le secteur de l'hôtellerie et
publie un baromètre mensuel des hôtels quatre étoiles avec le classement
suivant :
- • les palaces : hôtels de prestige bénéficiant de sites
exceptionnels, proposant une offre de services complète et dont la
recette moyenne par chambre est supérieure à 600 € en 2001 ;
- • le grand luxe : hôtels de grande renommée appartenant à de grandes
chaînes internationales ;
- • les hôtels de charme : de capacité plus réduite, proposant des
produits exclusifs dans un site de moins bonne visibilité ;
- • les gros porteurs : ils se caractérisent par une capacité
importante (400 à 1000 chambres) ;
- • les first class : correspond aux quatre étoiles standard.
- 24. Dans la catégorie "palaces", PKF range, à Paris, les hôtels Bristol,
Crillon, Four Seasons George V, Meurice, Plaza Athénée et Ritz. PKF précise
que la constitution de la famille des palaces a été faite au travers de la
définition suivante : "Les
palaces sont des établissements dont la qualité du site (bâtiment
historique, architecture témoignant d'une certaine époque), les
infrastructures et les prestations sont exceptionnelles, avec des effectifs
dédiés à un service personnalisé. Cette excellence se traduit par un prix
moyen supérieur à 600 € HT, fortement influencé par le nombre de suites".
- 25. Les éléments rassemblés par PKF Hotelexperts sur le prix moyen des
chambres louées, c'est-à-dire le rapport entre la recette hébergement et le
nombre de chambres louées, pour les différents segments des 4 étoiles, sont
rassemblés dans le tableau suivant.
Tableau . Les prix moyens par chambre louée des 4 étoiles
|
2001 |
2000 |
1999 |
|
Palaces |
631,7 € |
598,9 € |
3709 F |
|
Grand luxe |
352,4 € |
331,7 € |
1844 F |
|
Hôtels de charme |
337,0 € |
317,9 € |
1899 F |
|
Gros porteurs |
152,2 € |
144,5 € |
887 F |
|
First Class |
206,6 € |
191,7 € |
1177 F |
|
Moyenne des 4 étoiles |
245,2 € |
230,1 € |
1344 F |
5
4. L A
CLIENTELE DES PALACES
- 26. La clientèle de l'hôtellerie haut de gamme comprend au moins deux
segments : les clients qui séjournent dans ces établissements dans le cadre
de voyages d'affaire et ceux qui le font dans le cadre de voyages
d'agrément. D'autres segmentations sont possibles, selon que le client est
venu en groupe ou individuellement. Le rapport d'enquête présente la
classification suivante, valable aussi pour les palaces.
- • la clientèle individuelle, pour laquelle interviennent des agences
spécialisées dans les prestations de luxe, comme Virtuoso ;
- • la clientèle des forfaits et "packages",
qui sont les clients qui ont bénéficié d'offres ou de promotions ;
- • la clientèle de sociétés (ou
corporate),
qui sont les employés de sociétés sous contrat avec l'hôtel qui, en
générant un certain chiffre d'affaires, bénéficient de tarifs négociés ;
- • la clientèle des groupes, dans laquelle se trouvent les voyages
organisés par les tour opérateurs, mais aussi les congrès et séminaires
ou les "incentives",
séjours de motivation offerts par les entreprises à leurs salariés, dont
l'organisation est confiée à des agences spécialisées ;
- • la clientèle des ambassades et des délégations officielles.
- 27. Il existe quelques éléments au dossier sur la répartition de la
clientèle des palaces selon les segments. Ainsi, le Crillon distingue les
clients pour affaires (28,2 % de son chiffre d'affaires en 2001) des clients
tourisme (68 %). Si les clients dits "corporate"
représentent 23,7 % du chiffre d'affaires, soit la grande
majorité du segment affaires, ils restent minoritaires en nombre comme en
chiffre d’affaires. Les éléments fournis par le Plaza Athénée et le Ritz
montrent que la part de la clientèle "corporate"
y est encore plus faible : 7,3 % des clients pour le Ritz et 7 %
pour le Plaza en 2001. En tout état de cause, la clientèle de loisir est
toujours majoritaire.
- 28. A Paris, le secteur de l'hôtellerie haut de gamme connaît
d'importantes variations de son niveau d'activité durant une même année. Les
pics de fréquentation ont lieu au cours des mois de mai juin et septembre
octobre, alors que le mois d'août est marqué par un creux de fréquentation
et que, les mois de décembre à février connaissent une activité réduite.
- 29. Paris étant la première ville mondiale concernant l'organisation de
congrès, expositions et salons, selon le cabinet conseil PKF, la
fréquentation hôtelière suit les tendances de l'activité des affaires. Le
niveau de fréquentation des établissements de l'hôtellerie de luxe est donc
sensible à la conjoncture internationale et à ses aléas.
- 30. La proportion de clientèle étrangère des palaces a été supérieure à
90 % en 2000, et la clientèle nord américaine est majoritaire, avec 41 % des
nuitées enregistrées en 2001, pour les hôtels George V, Meurice et Ritz.
- 31. Enfin, une large part de la clientèle des palaces est peu sensible
au niveau du prix, voire insensible pour la frange la plus fortunée. Le
directeur de PKF a déclaré :
"S'agissant de la stratégie tarifaire, les palaces parisiens ont consenti
pendant la guerre du Golfe des efforts significatifs en matière de prix
alors qu'en 2001 les efforts se sont tournés vers le démarchage de nouvelles
clientèles de proximité ou de niches, sans modification des prix. La baisse
des prix des années 1990 n'avait pas permis d'apporter de grandes quantités
de clientèle et les hôtels ont eu du mal par la suite à retrouver leur
positionnement".
6
- 32. A la suite des attentats du 11 septembre 2001, les fréquentations
des touristes américains et japonais ont enregistré, en septembre et pour
toute la France, une baisse respective de 25,4 % et 17,8 % selon
l'observatoire de la direction du tourisme. Toutefois, l'incidence de ces
évènements sur la situation des palaces a été très limitée.
- 33. La directrice commerciale de l'hôtel Meurice a déclaré à propos de
la stratégie suivie par son établissement après cet événement :
"Suite aux évènements du 11
septembre 2001, nos prix contractuels n'ont pas baissé, ni nos tarifs rack :
le client n'aurait pas été attiré par de meilleurs prix. Le Meurice a en
effet gagné en peu de temps sa réputation de palace grâce aux travaux
effectués, et ne voulait pas d'une part perdre cet acquis en décrédibilisant
le produit par des prix trop bas, ni d'autre part changer la stratégie
tarifaire que nous avions prévue à la réouverture, liée à une qualité
importante de services, un personnel de 360 personnes qui ont un coût
important."
- 34. L'enquête a montré que les établissements ont connu, en octobre
2001, une baisse de leur recette moyenne par rapport à l'année précédente,
mais que dès le mois de novembre, certains d'entre eux connaissaient des
résultats supérieurs à ceux de l'année 2000. Dans une note de conjoncture du
mois d'avril 2002, PKF a écrit :
"A Paris, l'hôtellerie haut
de gamme voit les palaces afficher une santé "insolente" car seuls à cumuler
une hausse du taux d'occupation et de la recette moyenne, leur permettant
d'afficher un revpar en croissance de + 10 %. La performance est d'autant
plus appréciable que le revpar moyen de l'hôtellerie haut de gamme est en
recul de – 0,4 %".
5. L A
POLITIQUE TARIFAIRE DES PALACES
35. La multiplicité des catégories de chambres, la
différenciation des tarifs en fonction de la période, du type de
clientèle et du volume de nuitées, l'existence de forfaits, de
promotions diverses et de prix négociés aboutissent à des grilles
tarifaires complexes pouvant comporter plusieurs dizaines, voire une
centaine de prix unitaires distincts. En outre, les établissements
hôteliers haut de gamme ont recours aux techniques de modulation
tarifaire appelées "yield
management" ou "revenue
management" ou encore "tarification
en temps réel", destinées à optimiser les recettes, et dont
la conséquence est que le prix des chambres peut en permanence être
modulé en fonction de divers paramètres, comme le taux d'occupation de
l'hôtel.
36. L'étude PKF, jointe aux observations du Crillon,
souligne que les six palaces offrent une capacité de suites nettement
supérieure à la plupart des établissements quatre étoiles (29 % en
moyenne contre 15 % pour le reste du panel des établissements quatre
étoiles). Ces suites sont vendues plus chères que celles des autres
établissements : de 6 000 € à 14 300 € la nuit. Selon l'étude PKF,
hormis celui des suites, le positionnement, en prix des chambres doubles
des palaces est proche de celui des autres établissements, étant observé
que la classification du niveau des chambres (standard, luxe, prestige)
peut recouvrir des prestations différentes suivant les établissements.
Du point de vue de la structure tarifaire, la particularité des palaces
est l'écart entre les bornes tarifaires, c’est-à-dire entre prix le plus
bas et prix le plus élevé, beaucoup plus large que pour les autres
établissements puisqu’il peut atteindre un rapport de 1 à 30.
7
- 37. Par ailleurs, même si les six palaces parisiens ont des structures
tarifaires assez proches, des niveaux de prix relativement comparables et
utilisent des techniques de modulation tarifaires identiques, l'enquête
administrative n'a pas révélé de similitude anormale des tarifs entre eux.
6. L A
DISTRIBUTION DES PRODUITS HÔTELIERS
38. Si, de façon générale, les hôtels disposent d'un
service propre de réservation, la plupart des réservations de chambres est
enregistrée par l'intermédiaire de centrales de réservation et, notamment, à
travers des systèmes de distribution électronique dits G.D.S. (Global
Distribution Systems), réservés aux professionnels.
39. Leur fonction est de distribuer en temps réel des
produits de fournisseurs de services de voyages, dont ceux des hôtels,
auprès d'utilisateurs professionnels et principalement des agents de voyage
qui disposent, ainsi, d'une base de données et d'outils logiciels leur
permettant d'obtenir des informations et des tarifs, puis d'effectuer des
réservations confirmées. Dans la pratique, il appartient à chaque
établissement hôtelier d'introduire par téléchargement dans le système, ses
différents tarifs et disponibilités pour une période donnée, ce qui permet
aux utilisateurs de pouvoir accéder à tout ou partie de ces informations à
partir desquelles ils pourront effectuer leurs réservations. Les G.D.S.
jouent par conséquent un rôle essentiel dans la distribution de produits
hôteliers.
40. Pour une partie, les informations centralisées par
les G.D.S. est accessible, sous certaines conditions, aux hôteliers
eux-mêmes qui peuvent, par conséquent, disposer de renseignements précis sur
les tarifs et les disponibilités de leurs concurrents.
41. Par ailleurs, conjointement à ce système de
distribution électronique qui concerne actuellement la majorité des
réservations effectuées par la clientèle d'affaires, les hôtels de luxe
utilisent également pour commercialiser leurs produits, des réseaux de
distributions, spécialisés ou non, généralement rémunérés à la commission.
42. C'est ainsi que l'organisation "The Leading Hotels of
the World" dont font partie tous les six palaces parisiens à l'exception de
l'hôtel George V, assure cette fonction de réseau de distribution des
produits de ses membres, moyennant une commission de 7 à 11 % sur les
réservations effectuées par cet organisme qui assure, en outre, des actions
de marketing et de promotion de ses membres.
- C. DESCRIPTION DES ENTREPRISES
- 43. Le Bristol, société anonyme, est situé 112 rue du Faubourg Saint
Honoré, Paris 8ème. Entièrement rénové, il offre 175 chambres et suites, un
restaurant deux étoiles au guide Michelin et une piscine sur les toits.
- 44. Le Crillon, situé 10 place de la Concorde, Paris 8ème, offre
147 chambres rénovées en 2001. Ce palace est exploité par le Groupe Hôtels
Concorde, société par actions simplifiée dont le siège est 58 bld Gouvion
Saint Cyr, Paris 17ème. Il possède un restaurant gastronomique "les
Ambassadeurs", deux étoiles au guide Michelin.
8
- 45. Le George V, société anonyme, est situé 31 avenue George V, Paris 8ème.
Il dispose de 245 chambres, dont 61 suites, d'un restaurant deux étoiles au
guide Michelin, d'un spa et d'une piscine. Propriété de la famille royale
d'Arabie Saoudite, le George V est exploité par le groupe Four Seasons.
- 46. Le Meurice, situé 228 rue de Rivoli, Paris 1er, offre 160 chambres
et suites. Il a été entièrement rénové en 2000 et dispose d'un restaurant
deux étoiles au guide Michelin.
- 47. Le Plaza Athénée, société anonyme, est situé 23-27 avenue Montaigne,
Paris 8ème. Rénové en 1999, il offre 188 chambres et un restaurant trois
étoiles au guide Michelin. Comme le Meurice, ce palace est la propriété du
Sultan de Brunei et il est exploité par le groupe Dorchester.
- 48. Le Ritz, 15 place Vendôme, Paris 8ème, offre 175 chambres et suites,
un restaurant deux étoiles au guide Michelin, un club de nuit privé et la
plus grande piscine des hôtels parisiens.
- D. LES PRATIQUES RELEVÉES
- 49. Elles concernent deux comportements distincts : les échanges
réguliers d’informations entre les six palaces parisiens, d’une part, les
actions commerciales menées en commun par les mêmes établissements, d’autre
part.
1.
LES ÉCHANGES D'INFORMATIONS
50. Le rapport d'enquête a mis en évidence
l'existence d'échanges réguliers, entre les palaces, d'informations
nominatives sur leur activité, les origines géographiques de leur
clientèle et enfin, les éléments nécessaires à l'élaboration de leurs
plans marketing.
a) Les échanges d'informations sur les données
relatives à l'activité
51. Le directeur commercial du George V a déclaré le
25 mars 2002 "Nous
utilisons dans la profession un certain nombre d'indicateurs qui nous
permettent de nous situer par rapport à nos concurrents sur un même
marché. Pour ce qui nous concerne, le marché est constitué par le George
V et les cinq autres établissements que sont le Bristol, le Crillon, le
Meurice, le Plaza Athénée et le Ritz. Ce groupe d'hôtels appartient à la
catégorie "palace" qui relève autant de l'histoire, du prestige, de leur
localisation que de leurs performances économiques, laquelle s'établit à
un niveau de revenu par chambres disponibles (revpar). Les deux autres
indicateurs utilisés sont le taux d'occupation et le prix moyen/chambre.
Nous communiquons mensuellement nos données à différents organismes (PKF
Consulting, l'observatoire régional du tourisme) qui en réalisent la
synthèse. Nous échangeons également ces données une fois par mois entre
les six palaces d'une façon traditionnelle. Cette pratique remonte à
plusieurs années".
9
- 52. La directrice du Bristol a déclaré le 26 mars 2002 :
"…nous disposons
d'indicateurs que nous échangeons entre hôtels de la même catégorie ; pour
nous il s'agit des hôtels Crillon, Meurice, Plaza Athénée, Four Seasons
George V et Ritz. Ces indicateurs sont hebdomadaires et portent sur les taux
d'occupation et le prix moyen par chambre".
- 53. Les données ayant fait l’objet de cet échange entre palaces
parisiens sont :
- • le prix moyen par chambre, (encore appelé dans la profession le "revenu
moyen par chambre"), qui, pour une période donnée - jour,
semaine, mois, année - se définit comme le rapport entre le chiffre
d'affaires "hébergement"
HT et le nombre de chambres louées au cours de la période ;
- • le revenu moyen par chambre disponible (appelé "revpar",
"revenue per available
room"), qui s'obtient en divisant le chiffre d'affaires
hébergement par le nombre de chambres disponibles au cours de la période
considérée ;
- • le taux d'occupation, qui est obtenu en divisant le nombre de
chambres louées par le nombre de chambres disponibles pour la période
considérée.
- 54. Les informations en question portaient sur l'activité hebdomadaire,
mensuelle et annuelle. Les palaces les ont échangées soit au moyen d’envois
directs de documents, soit lors de réunions des directeurs commerciaux des
quatre étoiles et, enfin, au sein du groupe informel "Palaces
de Paris".
Le circuit des échanges directs entre les responsables
des palaces
55. Les contacts personnels directs entre les
responsables des six palaces parisiens ont constitué le moyen privilégié par
lequel ils ont échangé entre eux les informations évoquées ci-dessus.
56. Les échanges ont eu lieu par fax, comme par exemple
le tableau à en tête du Plaza Athénée intitulé "Competition
Analysis", envoyé depuis le fax du Plaza, et qui a été saisi dans
les locaux du George V. Puis, les échanges ont eu lieu par messagerie
électronique, comme en attestent les éléments suivants :
- • le courrier électronique adressé le 2 février 2001 par Mme X…,
coordinatrice des ventes du George V à ses interlocuteurs du Ritz, Plaza
Athénée, Meurice, Crillon et Bristol est libellé ainsi : "(…)
j'ai le plaisir de vous envoyer nos résultats en attendant les vôtres".
Suit un tableau qui détaille pour décembre le taux d'occupation, le prix
moyen et le revpar pour décembre 2000. Un second courriel en date du 5
février, et adressé aux mêmes destinataires, précise : "je
vous renvoie nos résultats de janvier. Je vous les avais envoyés
vendredi passé en oubliant de changer de mois dans le tableau. Les
chiffres étaient de janvier, bien sûr" ;
- • le courriel du 11 septembre 2000, interne au Plaza Athénée, fait
état des résultats du George V depuis janvier 2000 ;
- • un courriel adressé le 3 janvier 2001 par M. Y..., du Crillon, aux
directions commerciales des cinq autres palaces transmet les résultats
de son palace pour décembre 2001 (taux d'occupation, prix moyen et
revpar). Il s’agit d’une réponse au courriel adressé par le George V aux
mêmes destinataires et qui transmet les mêmes informations concernant le
George V.
10
- La durée des échanges
- 57. Ces échanges sont anciens, comme en témoignent les déclarations du
25 mars 2002 du directeur commercial de l'hôtel George V exposées au
paragraphe 51, ainsi que celles du 20 mars 2002 de la directrice commerciale
de l'hôtel Meurice, Mme Z..., qui a indiqué que :
"… ces taux d'occupation
sont communiqués par l'ensemble des palaces concernés, ainsi que le prix
moyen par chambre de manière mensuelle. Cette pratique est quasiment
ancestrale et même courante dans tous les secteurs de l'hôtellerie française".
- 58. Au dossier figurent des éléments qui montrent la réalité des
échanges depuis 1981. A été saisie dans les locaux de l'hôtel Crillon une
pièce intitulée "Occupancy
rate 1981- 1995" et "Average room rate 1981-1995" qui retrace les
taux d'occupation et les prix moyens par chambre, pour les six palaces pour
les années 1981 à 1995. Pour la période allant de 1994 à 1998, le tableau en
date du 2 décembre 1999 saisi dans les locaux du Crillon fait état de taux
d'occupation annuels et de prix de vente moyen annuels pour quatre des six
palaces mis en cause (Plaza Athénée, Ritz, Bristol, Crillon). Enfin, des
tableaux provenant du Plaza Athénée et comportant, pour les six palaces, le
taux d'occupation mensuel et le revenu moyen par chambre, mensuel pour la
période de janvier à juin 1998, ont été saisis dans les locaux du George V.
- 59. Pour la période allant de 1998 à 2001, figurent au dossier des
éléments qui montrent que les palaces ont échangé des informations sur leur
taux d'occupation, leur revenu moyen par chambre, voire leur "revpar",
sur une base hebdomadaire, mensuelle et/ou annuelle.
- 60. A la suite des visites et saisies qui ont eu lieu en décembre 2001,
les palaces ont mis un terme à ces échanges.
Les informations échangées
61. Figurent au dossier des preuves d'échanges, entre
les six palaces, de taux d'occupation, de revenu moyen et de "revpar"
calculés hebdomadairement pour quatre semaines du mois de juillet,
quatre semaines du mois d'août, trois semaines du mois de septembre,
deux semaines du mois d'octobre et 4 semaines du mois de novembre 2001.
Le George V n'a pas participé aux échanges d'informations hebdomadaires
du mois de novembre 2001.
62. Ces mêmes indicateurs (prix moyen par chambre,
taux d'occupation et"revpar") calculés sur une base mensuelle ont été
échangés en 1999 (janvier à novembre, sauf par le Meurice, fermé pour
travaux), en 2000 (janvier à septembre, sauf Meurice et George V,
fermés) et en 2001 (janvier à novembre).
63. Enfin, figurent aussi au dossier des preuves de
l'échange de ces indicateurs entre trois des six palaces (Bristol,
Crillon et Ritz) calculés à l'année pour les années 1998 et 2000.
Le circuit des échanges entre les directeurs
commerciaux des "quatre étoiles"
64. Lors de la réunion du 12 février 1999, dont le
compte-rendu a été saisi dans les locaux du Crillon, à laquelle
participaient les directeurs commerciaux d'une quinzaine d'hôtels quatre
étoiles, et des palaces Bristol, Crillon et Ritz, divers points ont été
abordés (la fréquentation prévue au cours de deux salons internationaux,
la soirée du réveillon 1999-2000 et le
yield management).
Les taux d'occupation et les
11
- prix moyens par chambre pour l'année 1998, janvier 1999, ainsi que des
projections de ces deux indicateurs pour les mois de février 1999 et mars
1999 ont aussi été échangés.
- 65. Lors de la réunion du 26 mars 1999, à laquelle ont participé les
représentants des hôtels Bristol, George V et Ritz, ont été abordées les
conditions de vente aux groupes, la soirée millenium et la clientèle des
congressistes, informations qui sont sans importance pour la présente
affaire, mais également les résultats prévisionnels ainsi qu'il ressort de
la lecture de la rubrique "Points
sur les résultats de janvier à juin". Il est à noter que seul le
Ritz a communiqué ces informations tandis que les autres palaces n'ont rien
donné. Le compte rendu de cette réunion a été saisi dans les locaux du
Crillon.
- 66. De même, il résulte du compte-rendu de la réunion du 16 février
2001, saisi dans les locaux du Crillon, que seul le Crillon a fourni des
informations relatives au taux d'occupation et au prix moyen par chambre
pour l'année 2000 et le mois de janvier 2001, ainsi que des prévisions pour
les mois de février et mars 2001 tandis que le Bristol, le Ritz, le George V
et le Meurice, qui participaient à cette réunion, n'ont pas communiqué ces
données.
- 67. En revanche, il est difficile de conclure à la réalité d'un échange
d'informations entre les six palaces mis en cause de l'invitation à
participer à la réunion du 21 janvier 2000 saisie dans les locaux du
Meurice, et qui mentionne comme ordre du jour : les résultats de l'année
1999 (TO et RMC), la synthèse et l'analyse du réveillon 1999/2000, les
prévisions du 1er trimestre 2000, les périodes primordiales pour
l'hôtellerie parisienne de l'année 2000.
- 68. Enfin, il convient d'observer que si ces réunions des directeurs
commerciaux des hôtels quatre étoiles continuaient à se tenir à la date de
l'enquête administrative, les responsables commerciaux des hôtels Crillon,
Ritz et Plaza Athénée ont toutefois déclaré ne plus s'y rendre, sans
cependant donner la date précise de ce retrait.
Le circuit des échanges au sein de "Palaces de Paris"
69. Les six palaces parisiens ont échangé des
informations sur leurs performances passées ainsi que des projections au
sein du groupe informel
"Palaces de Paris". Sur les quatorze réunions qui se sont
déroulées à partir du 8 septembre 2000 sous l'égide de ce groupe, au vu
des éléments figurant au dossier, il peut être retenu que trois réunions
ont été consacrées à l'échange, entre les six palaces, d'informations
nominatives sur les taux d'occupation et les prix moyens par chambre, à
la fois réalisés et prévisionnels.
70. De fait, le compte rendu de la réunion du 20
octobre 2000, saisi dans les locaux du Bristol, dont l'ordre du jour
portait sur la préparation d'une opération de promotion commune aux
Etats-Unis, atteste que les taux d'occupation et le prix moyen par
chambre pour l'année 2000 ainsi qu'une prévision pour l'année ont été
échangés, lors de cette réunion, entre les représentants des six palaces
participants.
71. Lors de la réunion du 2 octobre 2001, dont le
compte-rendu a été saisi dans les locaux du Crillon, les six palaces ont
également échangé des informations sur leurs prévisions respectives
concernant leurs taux d'occupation pour les mois d'octobre à décembre
2001, consécutivement aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis,
ainsi que sur leurs taux d'occupation réalisés au mois de septembre.
12
- 72. Enfin, lors de la réunion du 29 octobre 2001, dont le compte-rendu a
été saisi dans les locaux du Bristol, les mêmes prévisions (taux
d'occupation des six palaces pour les mois d'octobre à décembre 2001) ont
été inscrites dans un tableau.
L'utilisation des données relatives à l'activité
73. Une série de tableaux utilisant les informations
recueillies pour faire état des positions concurrentielles des palaces
("actual market shares"),
par rapport à leurs parts de marché théoriques c'est-à-dire en termes de
capacités ("fair market
shares") a été saisie dans les locaux du Meurice.
74. A leur propos, la directrice commerciale du
Meurice a déclaré le 20 mars 2002
"Le FAIR MKT SHARE (fair
market share) correspond à la part de l'hôtel Meurice sur l'ensemble des
chambres des six palaces concurrents sur Paris : George V, Ritz,
Crillon, Plaza et Meurice. L'ACT MKT SHARE (actual market share)
correspond à la proportion des chambres vendues par le Meurice, par
rapport au nombre de chambres vendues par les six palaces de Paris. Ces
taux d'occupation sont communiqués par l'ensemble des palaces concernés,
ainsi que le prix moyen par chambre de manière mensuelle. Cette pratique
est quasiment ancestrale et même courante dans tous les secteurs de
l'hôtellerie française".
75. Des tableaux à en-tête du Meurice et intitulés "market
share analysis" exposent, pour les mois de novembre et
décembre 2000 ainsi que janvier, février et octobre 2001 pour chacun des
six palaces, le taux d'occupation, le prix moyen par chambre, ainsi que
le "fair room market
share", et le "actual
market share". Une série de tableaux à en-tête du Plaza
Athénée intitulés "Competition
Analysis" saisie dans les locaux du Meurice, présente ces
mêmes informations pour les mois de janvier à septembre 2000.
b) Les informations sur l'origine géographique de la
clientèle
76. La directrice commerciale de l'hôtel Bristol a
déclaré le 26 mars 2002 :
"en fin d'année, nous échangeons des données relatives à l'origine
géographique de la clientèle par établissement (…) ces éléments nous
permettent d'évaluer notre part de marché et d'analyser les variations
des différentes nationalités dans nos clientèles respectives, mais
surtout de quantifier le marché global de chaque nationalité pour nous
situer par rapport à celui-ci".
77. Le plan d'action commerciale de l'hôtel Bristol
de l'année 2001, intitulé "Plan Marketing Bristol", présente un tableau
qui récapitule, pour 21 pays, le pourcentage du marché total que chacun
représente, ainsi que le rang de classement, pour l'année 2000, de
chacun des quatre palaces qui étaient ouverts à cette époque : par
exemple, la clientèle américaine représente 43,20 % de la clientèle des
palaces et le Ritz est leader sur ce segment, suivi par le Bristol, le
Crillon et enfin le Plaza.. Rappelons que le Meurice a été
fermé de mars 1999 à juin 2000 inclus et que le George V l'a été de
novembre 1997 à décembre 1999.
78. Figurent aussi dans ce rapport des informations
précises sur la clientèle étrangère de chaque palace pour les années
1998 et 1999. L’on y apprend, par exemple, qu’en accueillant, en 1999,
38 750 clients américains, le Ritz, leader sur ce segment de clientèle,
en a servi 33,3 %,tandis que la part du Bristol représentait 29,2 %,
celle du Crillon 26,5 % et celle du Plaza 10,9 %.
13
c) Les informations requises pour les plans marketing
79. Aux termes des déclarations du 20 mars 2002 de
Mme Z..., directrice commerciale de l'hôtel Meurice, des échanges
directs d'informations avaient lieu notamment, à l'occasion de
l'élaboration annuelle des plans marketing des palaces :
"à chaque préparation de
plan marketing… nous échangeons des données sur nos tarifs affichés :
tarifs rack, le nombre de salons, les capacités, nombre de chambres,
fiche signalétique de l'hôtel, son taux d'occupation et son prix moyen
budgété pour l'année suivante".
80. Le courrier, ci-après reproduit, du 18 juin 2001
adressé par Mme Z... à ses concurrents, concerne l'élaboration du plan
marketing 2002. Il en atteste :
"Chères
toutes, chers tous,
Avec l'été arrive aussi le MARKETING PLAN, tout au
moins en ce qui nous concerne, alors comme chaque année, je joue les
casse pieds…et je vous sollicite pour mon analyse de concurrence.
Chaque membre de mon équipe est en charge de l'étude
d'un hôtel concurrent et devrait vous contacter dans les jours qui
suivent pour connaître quelques détails de votre bel établissement, tels
que nombre de chambres par catégorie, nombre de salons, capacités et
tout le tintouin ….
Je vous remercie de votre accueil et en contre partie
ces derniers doivent déjà vous donner des détails de notre
établissement….
Encore une fois, mille merci pour votre habituelle
coopération et si vous avez besoin d'autres choses pour votre marketing
plan, suis à votre écoute".
81. Le questionnaire, daté du 11 juin 2001, adressé
par l'hôtel Meurice, à ses concurrents dans le même temps que ce
courrier, porte sur les chambres et suites de chaque palace (nombre par
catégories, taille et tarifs "rack", commission des agents de voyage),
les salons et la restauration (nombre de salons et leur superficie,
nombre de points de vente, prix des petits déjeuners et des menus), le
nombre des membres du personnels de l'hôtel, du service relations
publiques et de la direction commerciale (avec sa répartition par marché
et le nombre de représentant à l'étranger), le pourcentage du budget
marketing par rapport au chiffre d'affaires total.
82. Les informations ainsi recueillies par le service
commercial de l'hôtel Meurice lui ont permis de réaliser des tableaux
comparatifs "SWOT analysis 2002" devant figurer dans son plan marketing.
Au vu de ces tableaux, les palaces qui ont répondu sont le George V et
le Crillon. Le Meurice leur a transmis ses propres réponses.
83. Les informations qui sont détaillées dans ce
tableau pour le Meurice, le George V et le Crillon concernent la
superficie des chambres et des salons des palaces, les prix des
différentes suites, des petits déjeuners et des menus, le nombre des
membres du personnel, notamment à la direction commerciale, ou le
pourcentage du budget marketing par rapport au chiffre d'affaires de
l'hôtel, et d'autres informations sur leur organisation tels que le
recrutement par certains d'une personne parlant le japonais.
14
2. L ES
ACTIONS COMMERCIALES COMMUNES MENÉES PAR LES SIX PALACES
a) Les opérations " Best
of Paris"
84. Une première série d'actions a été organisée dans
le cadre de l'entité "The Leading Hotels of the World". LHW est une
société de marketing, filiale de "The Leading Hotels of the World Ltd"
qui compte 401 établissements hôteliers dans 77 pays et qui a vocation à
promouvoir ses membres et à leur assurer un service centralisé de
réservation, ainsi que des opérations de marketing centrées sur des
hôtels ayant un label de luxe. A l'exception du George V, les cinq
autres Palaces parisiens sont membres de LHW. L'association perçoit un
droit d'entrée et une cotisation annuelle de ses membres, ainsi qu'une
commission variant de 7 à 11 % pour toute réservation effectuée par
l'intermédiaire du réseau. En contrepartie, LHW propose des actions
commerciales ou de prospection, ainsi que des "packages" communs à
plusieurs établissements d'une même zone géographique. Ces opérations
peuvent prendre la forme d'offres promotionnelles limitées à une seule
destination, telles les opérations "Best of Paris ".
85. Cinq des six palaces ont participé à ces
opérations, à savoir le Bristol, le Crillon, le Meurice, le Plaza
Athénée et le Ritz, à l'exclusion du George V, qui ne fait donc pas
partie de LHW. Deux "small leading hotels", les hôtels Lancaster et
Raphaël, ont également participé à ces actions, mais selon des modalités
différentes. Ces actions "Best of Paris" se présentent comme des offres
promotionnelles proposant une nuit dans l'un des cinq palaces à un tarif
unique. Une première offre a été imaginée à la suite d'une réunion
"Palaces de Paris" organisée par LHW qui s'est tenue le 8 septembre
2000, et à laquelle ne participait pas le George V. Les intervenants ont
ainsi mis en place l'offre "Best of Paris" 2000-2001 proposant la nuit
au prix unique de 3 400 francs pour la période du 15 novembre 2000 au 15
mars 2001.
86. Les déclarations recueillies lors de l'enquête
témoignent de la volonté des participants de s'accorder sur un prix
unique. M. Richard A..., directeur du bureau parisien de "The
Leading Hotels of the World", a ainsi déclaré que : "en
septembre 2000, dans le contexte d'une série d'initiatives mondiales de
LHW, notre siège nous a demandé d'approcher nos membres parisiens pour
convenir d'une offre (leading offers). J'ai réuni les sept membres
parisiens afin de déterminer le contenu, la cible, et le montant
d'investissement de cette offre. La cible choisie en 2000 était la
clientèle anglaise de particuliers : c'est pourquoi notre communication
était principalement axée sur la presse anglaise (journaux du dimanche).
Nous avons pensé qu'un prix commun pour cette offre que nous avons
choisi d'appeler "Best of Paris", serait plus attractif et plus simple
pour la cible envisagée. Nous sommes tombés d'accord sur un prix commun
pour les cinq hôtels leading et les deux small leading. Nous avons
convenu d'une période de validité. Pour nous, l'accroche, voire le
concept de base de cette offre, était le prix commun réellement
intéressant pour le niveau de prestation proposé".
87. Mme Catherine B..., directrice
commerciale de l'hôtel Ritz, a déclaré pour sa part :
"dans le courant de
l'été 2000, Leading Hotels of the World auquel nous sommes affiliés,
nous a proposé de participer à cette offre commune avec un prix commun
pour les sept "Leading" parisiens. Nous nous sommes réunis, chez Richard
A..., directeur de Leading à Paris, et nous avons évoqué le contenu et
le prix de cette offre (dénommée Best of Paris). L'idée était de
promouvoir les hôtels parisiens Leading en période creuse, en
l'occurrence période d'hiver, avec un concept accrocheur basé
15
- sur une campagne de publicité commune et un prix commun pour
l'opération. Ayant tous une tarification différente, il a été difficile de
s'accorder sur un prix commun. Le montant a finalement été fixé à 3 400 F
TTC ce qui correspond précisément à la promotion hiver que fait le Ritz
depuis environ cinq ou six ans".
- 88. Chacun des cinq palaces a proposé, au prix unique de 3 400 francs,
une catégorie de chambres variant d'un établissement à l'autre : une chambre
"De luxe" pour le
Crillon, une chambre "Supérieure"
pour le Plaza Athénée, une chambre "Classique"
pour le Meurice, une chambre "Standard"
pour le Ritz et une chambre «
Supérieure » pour Le Bristol.
- 89. L'opération a été adressée directement au consommateur final et aux
professionnels par voie de presse ou sur Internet sous forme de "bannière"
avec accès direct à la réservation.
- 90. Les résultats de l'opération varient selon les établissements. Le
Crillon a enregistré 111 nuitées ; le Plaza Athénée, 9 ; le Meurice, 220 ;
le Ritz, 228 ; le Bristol, 143.
- 91. Les bons résultats de l'opération "Best
of Paris" 2000-2001 ont convaincu les participants de la
reconduire pour la saison suivante. Les modalités de l'offre "Best of Paris"
2001-2002 ont été discutées lors d'une réunion en date du 6 septembre 2001
au siège de LHW, au cours de laquelle une offre au prix commun de 550 € été
convenue.
- 92. A la suite des événements du 11 septembre 2001, des négociations
pour baisser ce prix unique ont été engagées entre les parties. M. A… a
ainsi adressé un courrier, le 27 septembre 2001 aux hôtels LHW parisiens
dans lequel il écrivait : "…
après avoir fait un audit des Tarifs Hiver de vos hôtels, j'ai constaté
que l'offre "Leading Offers… The Best of Paris" n'était plus aussi
compétitive. En effet, les tarifs hiver que vous proposez sont, dans
certains hôtels, même moins chers que ceux que vous avez suggérés pour cette
offre. Nous avions convenu ensemble de 550 euros pour une chambre standard
dans les Leading Hotels of the World et 500 euros pour les Leading Small
Hotels of the World. J'ai eu l'opportunité d'en rediscuter avec Brigitte
C... du Plaza Athénée et Christine Z… de l'Hôtel Meurice, et pour générer
des ventes avec cette offre, il me semble que nous devrions revoir les
tarifs que nous avions convenus ensemble afin de rendre cette offre plus
attractive. Peut-être pourriez-vous proposer un séjour en chambre standard,
en incluant le petit-déjeuner américain ou continental et les transferts
(N.B. pour les européens, principalement des gares) pour un prix de 520
euros pour les Leading Hotels of the World et un autre prix (à définir
ensemble) pour les Leading Small Hotels of the World".
- 93. De longues discussions ont suivi cette suggestion. Lors de la
réunion des "Palaces de
Paris" du 2 octobre 2001, tous les hôtels ont rejeté l'offre de
M. A…, estimant qu'elle n'était pas rentable. Les parties ont avancé l'idée
d'une offre au prix de 550 € pour une chambre "double De Luxe" incluant le
petit déjeuner (dont le type – américain ou continental – restait à définir)
et un accueil VIP. De nouvelles discussions ont alors eu lieu, le Plaza
Athénée, le Ritz et le Bristol craignant la confusion de cette opération
avec d'autres offres parallèles. Il a été proposé une offre à 590 €
comprenant la nuit dans l'un des palaces, le petit déjeuner américain, une
bouteille de champagne, un cadeau et une attention spéciale dans les
boutiques parisiennes. A la suite d'un courrier, du 12 octobre 2001, de la
directrice d'EMEA et responsable des investissements de LHW pour l'Europe,
soulignant que ce projet, bien qu'attractif, lui paraissait trop cher par
rapport aux prix pratiqués sur le marché pendant cette
16
- période, les palaces ont modifié à nouveau le contenu de l'offre, en
baissant le prix de la nuitée à 550 €, petit déjeuner compris.
- 94. L'offre "Best of
Paris" 2001-2002 a fait l'objet d'une diffusion dans la presse et
sur Internet, comme la précédente, mais également dans les GDS.
- 95. Les résultats de cette offre ont été globalement meilleurs que
l'année précédente. Au total, les hôtels ont enregistré 1783 nuitées,
réparties de la façon suivante : 166 pour le Crillon, 330 pour le Plaza
Athénée, 111 pour le Meurice, 862 pour le Ritz et 314 pour le Bristol.
b) Les actions menées au sein de " Palaces
de Paris"
96. Parallèlement aux opérations "Best
of Paris", les six palaces parisiens se sont rapprochés dans
le cadre de l'association informelle constituée pour l'occasion et
dénommée "Palaces de
Paris". Cette initiative trouve son origine dans un déjeuner
organisé par le George V en avril 2000. En effet, comme le confirme le
directeur commercial de l'hôtel George V :
"s'agissant du
regroupement des six palaces parisiens, il a pour origine un déjeuner à
l'hôtel George V que nous avons organisé d'une manière informelle afin
de présenter l'idée de promouvoir Paris pour les fêtes de fin d'année.
Comme il nous fallait un vecteur commun et un élément fédérateur, nous
avons proposé l'idée à l'OTCP [l'Office de Tourisme et des Congrès de
Paris] qui l'a trouvée à la fois originale et intéressante, et bien en
ligne avec sa stratégie de l'époque. A notre sens, Paris souffrait d'un
déficit d'image au moment des fêtes de fin d'année, alors que New York
et Londres enregistraient des taux d'occupation record, dont nous
voulions légitimement nous rapprocher. L'idée d'un forfait unique est
née à l'occasion de nos différentes réunions. Parallèlement à cette
opération, nous nous sommes engagés à monter une opération "tourisme
d'affaires" dont le seul but était de promouvoir notre destination et
nos hôtels auprès de prestataires spécialisés aux États-Unis et en
Europe. C'est dans ce contexte que nous nous réunissons tous les mois
afin de faire le point sur l'avancement de l'opération, car à chacun
d'entre nous fut en fait confiée une partie du programme ».
L'enquête a montré que quatorze réunions s'étaient tenues entre le 8
septembre 2000 et le 21 novembre 2001, l'intervention ultérieure de la
DGCCRF mettant fin aux rencontres. Il ressort de l'enquête que deux
séries d'opérations ont été envisagées dans le cadre de l'association "Palaces
de Paris". La première était tournée vers le "tourisme
d'affaires", la seconde axée sur le shopping.
c) " Paris
in Gold" et "Paris
prestige"
97. Ces opérations communes ont été menées sur le
segment de marché des "incentives".
Le marché des "incentives"
regroupe des agences spécialisées qui agissent pour le compte
d'entreprises ayant recours à ce mode "d'intéressement" des salariés.
Selon le rapport de l'OTCP pour 2001, "les voyages de simulation, les
conventions et les séminaires sont aujourd'hui des outils commerciaux à
part entière pour un gain de parts de marché dans un environnement
concurrentiel de plus en plus acharné. Le voyage «
incentive »
se hisse progressivement au rang de véritable métier de service
d'entreprises soucieuses de motiver leur personnel ou renforcer leurs
relations avec leurs clients (programmes de fidélisation). Au sein du
tourisme d'affaires, ces voyages dits "de
simulation" tiennent une place prépondérante et éclairent
d'une manière intéressante à la fois sur des pratiques commerciales et
des concepts
17
- d'encadrement du travail". Selon les explications données par les
responsables commerciaux de plusieurs établissements, la démarche commune
des six palaces auprès de ces agences présentait l'avantage de pouvoir leur
proposer une capacité importante de chambres de haut de gamme.
- 98. L'action des six palaces parisiens et de l'OTCP a été menée dans un
premier temps dans le Midwest américain où plusieurs agences "incentives"
sont implantées. L'opération a été dénommée
"Paris in Gold"
et s'est déroulée du 8 au 12 juillet 2001. Les directeurs commerciaux des
six palaces ainsi que l'OTCP ont ainsi présenté l'offre parisienne aux
principales agences
"incentives" du midwest américain et remis une brochure et un
CD-Rom "Paris in Gold",
financé par l'OTCP, à chaque invité.
- 99. Après les évènements du 11 septembre 2001, les partenaires ont
réorienté leur prospection vers des marchés de proximité et, en particulier,
vers l'Espagne, considérée comme le principal marché émergent en Europe.
L'opération, dénommée "Paris
Prestige", s'est déroulée du 14 au 16 décembre 2001 et a associé,
à côté des six palaces et de l'OTCP, d'autres partenaires tels Air France,
Fouquet's groupe Lucien Barièrre, Buddha Bar, Potel et Chabot, Lenôtre,
Elite Limousine, Yacht de Paris. L'opération "Paris Prestige" a également
donné lieu à la diffusion d'une brochure et d'un CD-Rom toujours financé par
l'OTCP.
d) Les opérations axées sur le shopping à Paris
" Christmas
shopping"
100. Les services de relations publiques des six
palaces ont envisagé une offre axée sur le "shopping"
à Paris pendant les fêtes de fin d'année et la période des
soldes. Cette action, dénommée à l'origine "Being
a Princess in Paris", était fondée sur une offre à prix
unique, à savoir 630 €, incluant l'hébergement, le petit-déjeuner
américain, une bouteille de champagne servie à l'arrivée et d'autres
services. La période de validité était prévue du 15 novembre 2001 au 15
février 2002 à l'exception de l'intervalle du 27 décembre 2001 au 2
janvier 2002. Les évènements du 11 septembre 2001 ont conduit les
palaces à revoir leur stratégie concernant ces promotions communes. Lors
d'une réunion du 12 septembre 2001, les six palaces ont baissé le prix
de l'offre "Christmas
shopping" de 6,35 %, celle-ci passant de 630 € à 590 € afin
d'attirer la clientèle européenne, la clientèle américaine risquant
d'être plus réticente à voyager.
" Shopping
with parisian Palaces"
101. Dans le prolongement de la suggestion faite par
le George V lors du déjeuner organisé en avril 2000, le directeur de
l'OTCP, a adressé, le 26 juin 2001, un courrier aux six palaces
parisiens leur proposant de mettre en place à destination du marché
américain une campagne de publicité sur le thème
"Venez faire votre
shopping de Noël à Paris". Le Ritz s'est joint à l'opération
après l'avoir rejetée dans un premier temps. La directrice de l'hôtel
Ritz a ainsi déclaré que "sur
la pression amicale de mes collègues des palaces, le Ritz a finalement
décidé de participer à l'opération Shopping with parisian Palaces…".
102. Les enquêteurs ont saisi dans les locaux des six
palaces, de nombreux documents relatant leurs échanges. Il ressort de
ces documents que l'opération "Shopping
in Paris" menée par l'OTCP reposait sur une offre tarifaire
unique à 630 € la nuit et
18
- devait associer des compagnies aériennes. Plusieurs courriers
communiqués au service d'enquête par l'OTCP, portent en effet sur des
contacts et propositions de partenariat avec les compagnies American
Airlines et Air France.
- 103. Ces différentes propositions n'ont cependant pas abouti, les
palaces et les compagnies aériennes ne partageant pas les mêmes points de
vue concernant la stratégie commerciale à adopter pour cette promotion. Qui
plus est, les compagnies aériennes se sont montrées encore plus réticentes à
participer à ce type d'action après les évènements du 11 septembre 2001. Ces
difficultés à trouver un accord avec des partenaires potentiels ont
finalement conduit l'OTCP à se retirer du projet. La représentante de l’OTCP
déclare ainsi que : "ce
projet n'a pas abouti en raison du manque d'intérêt des partenaires
ressentis (les six palaces parisiens à l'exception du Ritz) pour le tour
opérateur susceptible d'être partenaire (American Airlines Vacations), dans
un premier temps, et par la nature de l'opération proposée (marketing direct
par Air France), dans un second temps. Le projet a été abandonné pour notre
part à la fin du mois d'octobre 2001 à l'occasion d'une réunion qui s'est
tenue le 29 octobre 2001 à l'hôtel Bristol".
- 104. Malgré le retrait de l'OTCP, les palaces ont maintenu leur offre
promotionnelle commune. Celle-ci s'est déroulée du 1er novembre 2001 au
31 mars 2002, sous le nom de
"Shopping with parisian palaces", à un prix forfaitaire de 590
€ par nuit avec un minimum de deux nuits, associant plusieurs prestations à
l'hébergement : petit déjeuner américain, champagne à l'arrivée, cadeau de
la direction, accueil VIP, un cadeau offert par seize boutiques de luxe
participant à l'opération. Certains palaces ont aménagé ou complété cette
offre. L'hôtel Meurice a ainsi proposé cette offre sur une période plus
courte ; le Plaza Athénée a proposé une variante avec un hébergement en "junior
suite" à 790 € la nuit ; le Ritz a proposé, quant à lui, deux
variantes : un hébergement en chambre "supérieure"
à 640 € et en chambre "Deluxe" à 690 €. Ce forfait était disponible sur les
GDS et pouvait faire l'objet, pour chaque établissement, d'ouverture ou de
fermeture en fonction notamment de leur taux d'occupation respectifs.
- 105. Les résultats de cette opération ont été variables selon les
établissements. Le Bristol a enregistré 298 nuitées ; le Crillon, 4 ; le
George V, 282 ; le Meurice, 23 ; le Plaza Athénée 58 ; et le Ritz, 13.
- E. LES GRIEFS NOTIFIÉS
- 106. Au vu de l'ensemble des éléments présentés ci-dessus, les griefs
suivants ont été notifiés.
- 107. Il a été fait grief à l'hôtel Le Bristol Paris , l'hôtel de
Crillon, l'hôtel Four Seasons Hôtel George V, l'hôtel Meurice, l'hôtel Plaza
Athénée et l'hôtel Ritz Paris :
- • "de s'être,
pendant les années 1999, 2000, 2001 et 2002, non couvertes par la
prescription, consciemment et librement concertés et de s'être échangé
de façon régulière et permanente des informations confidentielles sur
leurs activités et résultats respectifs, entre établissements hôteliers
en situation de se faire concurrence sur le segment de marché des
palaces parisiens, et d'avoir ainsi réciproquement bénéficié, grâce à
cette concertation, d'informations qui ont orienté leurs politiques et
stratégies, les empêchant, dès lors, d'agir de manière autonome sur ce
marché ;
19
- • "d'avoir, pendant
les années 2001 et 2002, élaboré une offre promotionnelle commune
intitulée "Shopping with parisian palaces" et participé à celle-ci, par
laquelle il a été mis à la disposition de la clientèle un volume convenu
de chambres, au tarif unique concerté de 590 euros la nuit, fixé de
manière non autonome par chaque établissement, indépendamment de leurs
coûts respectifs".
- 108. Il a été fait grief à l'hôtel Le Bristol Paris, l'hôtel de Crillon,
l'hôtel Meurice, l'hôtel Plaza Athénée, l'hôtel Ritz Paris :
- • "d'avoir, pendant
les années 2000 et 2001, élaboré une offre promotionnelle commune
intitulée "Best of Paris" et participé à celle-ci, par laquelle il a été
mis à la disposition de la clientèle un volume convenu de chambres, au
tarif unique concerté de 3.400 Frs la nuit, fixé de manière non autonome
par chaque établissement, indépendamment de leurs coûts respectifs.
- • d'avoir, pendant les années 2001 et 2002, élaboré une offre
promotionnelle commune intitulée "Best of Paris" et participé à
celle-ci, par laquelle il a été mis à la disposition de la clientèle un
volume convenu de chambres, au tarif unique concerté de 550 euros la
nuit, fixé de manière non autonome par chaque établissement,
indépendamment de leurs coûts respectifs".
- 109. L'ensemble de ces pratiques, ayant pour objet ou pour effet
d'empêcher le libre jeu de la concurrence, ont été décrites dans la
notification de griefs commune comme étant prohibées par l'article L. 420-1
du code de commerce.
II. Discussion
A. SUR LE RESPECT DES DROITS DE LA DÉFENSE
110. Les parties font valoir que le rapport qui leur
a été adressé par les rapporteurs ne conclut pas sur les griefs
finalement retenus par elles. Elles ajoutent que la nature et la portée
du grief relatif aux échanges d'informations a évolué entre la
notification des griefs et le rapport. Alors que le premier grief
notifié fondait l'illicéité des échanges d'informations sur l'impact
qu'ils ont eu sur l'autonomie commerciale des palaces, le rapport
affirmerait que c'est la nature oligopolistique du marché qui rendrait
les échanges illégaux. Les parties mises en cause soutiennent en
conséquence que le principe du contradictoire ne serait pas respecté si
une décision était prononcée sur le grief dans sa version finale.
111. Aux termes des dispositions du premier alinéa de
l’article L. 463-2 du code de commerce, la notification des griefs
marque l'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l’article L.
463-1, au cours de laquelle les droits de la défense doivent être
respectés. Le deuxième alinéa de l’article L. 463-2 prévoit que la
procédure contradictoire se poursuit par la transmission d’un rapport
qui "est accompagné des
documents sur lesquels se fonde le rapporteur et des observations
faites, le cas échéant, par les intéressés". L’article 36 du
décret du 30 avril 2002 précise que
"le rapport soumet à la
décision du Conseil de la concurrence une analyse des faits et de
l'ensemble des griefs notifiés".
112. Comme l’a indiqué le Conseil dans sa décision n°
04-D-42 du 4 août 2004, qui a précisé la procédure de non
contestation des griefs par une entreprise, un grief au
20
- sens de la procédure devant le Conseil de la concurrence est un ensemble
de faits, qualifiés juridiquement et imputés à une ou plusieurs entreprises.
- 113. La notification de griefs doit donc informer les parties des
pratiques reprochées, de leur qualification juridique au regard du droit
applicable -national ou communautaire- et des personnes auxquelles sont
imputées ces pratiques, afin de les mettre en mesure de contester utilement,
au cours de la procédure contradictoire, soit la réalité des faits, soit
leur qualification, soit leur imputation.
- 114. La notification des griefs n’a donc pas pour objet d’anticiper ou
d’épuiser dès l’origine le débat contradictoire ultérieur, ni de retirer à
la formation du Conseil appelée à prendre la décision son pouvoir de motiver
librement celle-ci, dés lors qu'elle s'en tient au grief notifié et fonde sa
décision sur des éléments soumis au contradictoire. Le principe même de la
séparation des fonctions d'instruction et de décision fait obstacle à ce que
cette formation soit réduite à une simple chambre d’enregistrement des
raisonnements du rapporteur.
- 115. En l’espèce, la notification des griefs a reproché aux six palaces
parisiens des échanges d'informations confidentielles sur leurs activités
pour les années 1999, 2000, 2001 et 2002, et a considéré que ces échanges
étaient contraires à l'article L.420-1 du code de commerce au motif que les
palaces ont, grâce à cette concertation, bénéficié d'informations qui ont
orienté leurs politiques et stratégies, les empêchant dès lors d'agir de
manière autonome. Le rapport ne s’est écarté de la notification des griefs
sur aucun de ces points, ni sur la nature des faits en cause, ni sur leur
qualification, ni sur leur imputation.
- 116. Dans la notification de griefs est ainsi développée, au chapitre
relatif à la qualification des pratiques, une argumentation selon laquelle
les informations échangées "ont
permis aux six palaces parisiens de déterminer précisément et en temps réel
leurs positionnements sur le marché oligopolistique des palaces parisiens et
de définir leurs stratégies commerciales et tarifaires respectives, tenant
nécessairement compte de celles de leurs concurrents", et
précise, s’agissant des effets de ces échanges, que "les
responsables commerciaux des six palaces parisiens ont en effet
nécessairement dû prendre en compte, directement ou indirectement, les
informations obtenues ou dévoilées au cours de ces réunions, pour déterminer
les politiques respectives qu'ils entendaient suivre sur le segment de
marché de l'hôtellerie de luxe de la capitale, telles qu'elles sont
développées dans leurs plans marketing respectifs. Par conséquent, les
pratiques d'échanges de données stratégiques et confidentielles (…)ont
nécessairement eu pour effet de fausser la détermination autonome des
politiques que chaque palace entendait suivre sur le segment du marché de
l'hôtellerie de luxe occupé par les six palaces parisiens".
- 117. Le rapport ne vise donc pas des pratiques différentes de celles
évoquées dans la notification des griefs et ne modifie pas leur
qualification. Au contraire, en développant une argumentation selon laquelle
les échanges d'informations ont accru l'interdépendance des palaces en leur
donnant les moyens de surveiller leurs performances relatives, le rapport
étaye la partie du grief selon laquelle les échanges d'informations ont
empêché les palaces d'agir de façon autonome. Elle vient au soutien du grief
notifié, qu'elle ne modifie pas.
- 118. Les précisions apportées par le rapport, selon lesquelles la perte
d'autonomie a résidé dans le fait que les palaces ont nécessairement tenu
compte des informations échangées, ont été soumises au contradictoire dès
lors que les parties ont pu
21
- utilement y répondre, aussi bien dans leurs observations écrites
qu’oralement lors de la séance.
- 119. Au vu de ces éléments, il y a lieu d’écarter le moyen tiré de ce
que les droits de la défense n'auraient pas été respectés du fait d'une
modification des griefs en cours de procédure.
B. LE MARCHÉ PERTINENT
1. S UR
LE MARCHÉ DE PRODUITS
120. Les parties font valoir que les six palaces en cause ne constituent
pas entre eux un marché pertinent mais qu'ils constituent un segment
particulier du marché de l'hôtellerie de luxe, laquelle est caractérisée par
un continuum de prestations et de services, largement substituables aux yeux
des consommateurs. Elles soutiennent également que, dans l’hypothèse où l’on
voudrait distinguer un marché pertinent des palaces, il serait excessif de
prétendre que les cent-vingt hôtels quatre étoiles de la capitale seraient
tous des concurrents effectifs ou potentiels des six établissements en
cause, mais qu'au moins une dizaine et plus probablement une quinzaine,
voire une vingtaine d'établissements seraient présents sur ce marché et
seraient en concurrence avec les palaces retenus par l’instruction.
En ce qui concerne la demande
121. Les parties soutiennent que la demande qui
s'adresse aux six palaces n'est pas fondamentalement différente de celle
des hôtels "quatre
étoiles" et "quatre
étoiles luxe". Elles allèguent que, la clientèle de ces
hôtels, très majoritairement étrangère (plus de 80%), comprend les mêmes
catégories que celle des palaces : clientèle pour agrément et clientèle
"affaires"
sous contrat avec l'hôtel. La clientèle corporate, plus sensible au prix
des chambres, n'hésiterait pas à mettre en concurrence les palaces avec
d'autres hôtels, comme l'illustrent des exemples de sociétés, clientes
des palaces, qui ont choisi de migrer vers des établissements "quatre
étoiles" où elles trouvent des services et des prix comparables.
122. Mais, s’agissant d’un bien complexe constitué
d’une gamme de chambres et de suites de prix très différents, que
l’étude PKF juge elle même très dispersé "dans
un rapport de 1 à 30 sur Paris, compte tenu de l’offre de suites"
(étude PKF page 6), l’analyse de la substituabilité du point de
vue de la demande ne peut se limiter aux zones de contact entre les
différentes catégories d’hôtels, c’est-à-dire le recouvrement entre les
chambres les moins chères des hôtels de grand luxe et les plus chères
des hôtels de catégorie inférieure. Au surplus, si un tel raisonnement
devait être suivi, il faudrait considérer qu’il n’existe qu’un seul
marché de l’hôtellerie puisque toutes les offres, depuis l’hôtel une
étoile jusqu’au palace en passant par les catégories intermédiaires, ont
des zones tarifaires qui se recouvrent partiellement. Or, les parties
elles-mêmes ne soutiennent pas que les palaces sont sur le même marché
que les hôtels ordinaires et reconnaissent qu’il existe bien un marché
de l’hôtellerie de luxe, sans pouvoir cependant proposer une limite
claire de ce marché.
123. L’étude PKF insiste sur le fait que le nombre et
le prix des suites constitue un élément essentiel de l’offre des palaces
(pages 9, 12, 13 et 31 de l'étude). On
22
- constate, en fait, que les palaces offrent un ensemble de services très
haut de gamme, notamment une proportion importante de suites de prix très
élevés qui, même si elles ne constituent pas la majorité des chambres, sont
l’élément décisif à partir duquel les établissements construisent leur image
de marque. Ces appartements exceptionnels attirent une clientèle très
fortunée dont la présence régulière assure le prestige des palaces, prestige
dont profitent également les chambres d’entrée de gamme. Cette situation est
propre au secteur du luxe, l’étude PKF (page 6) parlant de "haute-couture
de l’accueil". Elle n’est, par exemple, pas différente de celle
qui voit les grands joailliers construire leur image en offrant des bijoux
exceptionnels réservés à une minorité, tout en proposant des pièces plus
abordables pour une clientèle moins fortunée qui est attirée par le prestige
de la marque. Cette différenciation de l’offre qu’apporte une image de luxe
permet d’atténuer la pression concurrentielle en prix que pourront exercer
des opérateurs moins bien positionnés et de maintenir des recettes élevées.
- 124. Ainsi, le fait qu’une partie de la clientèle puisse, dans certains
cas, se reporter sur des hôtels de luxe de gamme inférieure n’est pas
pertinent pour apprécier la substituabilité globale de leur offre par
rapport à celle des palaces aux yeux des clients. Comme le confirment les
propos du directeur de PKF, reproduits au paragraphe 31, la clientèle des
palaces est moins sensible au prix qu'à l’image de luxe, image qui provient
de la réunion d’un ensemble de caractéristiques qu’ils sont seuls à pouvoir
réunir. La construction et la préservation de cette image sont donc
l’élément clé pour pouvoir maintenir un niveau de prix élevé sur l’ensemble
des chambres. Le marché des palaces est marqué, comme tout marché du luxe,
par des efforts permanents des opérateurs pour différencier leur offre afin
de pouvoir soutenir une politique de prix élevés.
- 125. L’analyse de la substituabilité du côté de la demande doit donc
être complétée par une analyse de la substituabilité du côté de l’offre.
En ce qui concerne les classements des hôtels et les
échanges entre professionnels
126. Les parties font valoir que les associations et
réunions professionnelles actives à Paris illustrent l'existence d'un
marché de l'hôtellerie plus large que les palaces. L'association des
Grands Hôtels, qui réunit les palaces ainsi que certains quatre étoiles,
a pour objectif de rassembler l'ensemble des acteurs de l'hôtellerie
haut de gamme. L'association
Leading Hotels of The
World (LHW) compte parmi ses membres cinq palaces parisiens,
le George V n'en faisant pas partie, mais également le Lancaster ou le
Raphaël.
127. Les parties soutiennent aussi que des éléments
du dossier montrent que la veille concurrentielle s'étend à d'autres
établissements : une note interne du Bristol intitulée
"Les sites Internet à
surveiller" mentionne d'autres établissements que les palaces
; une pièce du Bristol fait apparaître qu'il s'enquiert auprès de la
clientèle "corporate"
des tarifs proposés par le Royal Monceau, l'Intercontinental,
le Sofitel ou encore le Hyatt Regency ; enfin, des réunions ont eu lieu
entre des directeurs d'établissements
"quatre étoiles",
rassemblant d'autres hôtels que les seuls palaces.
128. Les parties ont mentionné, en séance, que
l’étude PKF reconnaissait que le terme de
"palace"
n’était pas une définition officielle et que d’autres établissements que
ceux de son échantillon pouvaient prétendre à l’appellation
"palace".
Elles ont également relevé, oralement lors de la séance, que
l’utilisation du mot
"palace" dans les
23
- commentaires du guide Michelin concernait d’autres établissements que
ceux retenus par l’enquête.
- 129. Mais selon leurs propres déclarations reproduites aux paragraphes 8
à 12, les six établissements mis en cause se considèrent eux-mêmes en
concurrence directe sur le marché des palaces, les autres hôtels de luxe
étant des concurrents périphériques dont la pression concurrentielle ne
s’exerce réellement que sur une frange de la demande. Les documents relatifs
à la veille concurrentielle, saisis dans leurs locaux et exposés aux
paragraphes 13 à 21, montrent que les six établissements visés par la
présente procédure estiment qu’ils forment un ensemble homogène du point de
vue de l’offre, ce qui justifie leur surveillance réciproque. C’est entre
eux et entre eux seuls que les échanges réguliers d’informations
confidentielles ont eu lieu.
- 130. Contrairement à ce que soutient le George V, la pièce saisie dans
les locaux du Bristol qui attire l'attention du personnel sur la
surveillance des sites Internet d'autres établissements ne modifie pas cette
appréciation puisque ce document précise que ces sites sont à surveiller "de
manière ponctuelle" alors que la surveillance que les six
établissements exercent les coûts sur les centres est continue. De même, au
sujet des associations professionnelles qui regroupent d'autres membres que
les palaces, il faut noter que le Lancaster et le Raphaël sont, certes,
membres de LHW, mais sous l'appellation "small
leading hotels", du fait de leur plus petite taille, environ la
moitié ou le tiers de la capacité moyenne des six palaces et du moindre
prestige de leurs suites, ces deux éléments étant d’ailleurs liés.
- 131. Concernant les réunions des directeurs commerciaux des quatre
étoiles, la directrice du Ritz, a déclaré :
"Depuis plus de 20 ans, les
directeurs commerciaux des hôtels quatre étoiles parisiens se réunissent
environ tous les trimestres pour échanger des renseignements d'ordre
professionnel (tendance du marché, information sur les nouvelles
technologies; recherche de personnel, résultats professionnels : taux
d'occupation, revenu moyen par chambre essentiellement). Notre participation
s'est interrompue faute de points communs dans notre activité. En effet,
notre revenu moyen par chambre est beaucoup plus élevé que celui des autres
membres participants." L'existence de ces réunions ne suffit donc
pas étendre le marché pertinent à d'autres établissements. La façon dont le
Ritz parle de "l’absence de points communs" avec les hôtels quatre étoiles
et insiste sur la différenciation tarifaire avec eux tend, au contraire, à
conforter le périmètre du marché retenu par l'instruction.
- 132. Enfin, la circonstance que le Bristol s'enquiert des tarifs "corporate"
d'autres établissements que les six palaces ne signifie pas que le marché
doive être étendu au delà de ces six établissements. En effet, les éléments
au dossier montrent que la clientèle pour affaires, plus sensible au prix
que celle pour agrément et donc plus susceptible de "migrer" vers les hôtels
"quatre étoiles" dans le cas d'un avantage de prix par rapport aux palaces,
est nettement minoritaire comme cela a été indiqué au paragraphe 27. Ce
phénomène ne fait qu’illustrer l’existence d’une zone de recouvrement des
prix des chambres entre les marchés.
- 133. S’agissant de l’utilisation du terme
"palace", seuls
comptent les critères objectifs qui sous-tendent l’analyse concurrentielle
pour apprécier la définition du marché et non un libre usage à visée
littéraire. Ainsi, les petits textes de présentation du guide Michelin qui
ont été cités par les parties ne renvoient pas à une grille d’évaluation
précise, comme requis pour définir un marché pertinent, mais fluctuent selon
l’inspiration de l’auteur. Par exemple, le mot "palace"
est utilisé pour le Costes, le
24
- Vendôme ou le Concorde Saint-Lazare, qualifié de "palace ferroviaire",
mais pas pour le Ritz, ni le Plaza Athénée, sans que l’on puisse en tirer
des conséquences sur la position sur le marché de ces deux derniers
établissements qui comptent parmi les plus prestigieux de Paris. En 2005,
c’est le George V qui voit sa description se passer du terme "palace",
alors que celle du Ritz la retrouve.
- 134. En revanche, les classements des guides spécialisés ou des
publications professionnelles comme le classement PKF, renvoient à une
analyse objective des établissements aux yeux des clients potentiels et sont
basés sur des critères précis qui sont des indices de substituabilité des
offres. Il convient donc d’examiner les critères utilisés pour ces
différents classements.
En ce qui concerne les caractéristiques de l’offre des
palaces
135. Les parties soutiennent qu'il est impossible
d'isoler des caractéristiques propres aux palaces que ne présenteraient pas
les autres établissements "quatre
étoiles", notamment les dix-huit établissements placés dans la
catégorie "luxe"
par l’étude PKF versée au dossier.
136. Le Bristol présente un tableau comparant vingt huit
hôtels parisiens, soit les six palaces visés par la notification de griefs
et vingt-deux autres, dont les dix-huit de l’étude PKF, et soutient que
plusieurs établissements parmi ces vingt-deux offrent les mêmes
caractéristiques que les six palaces.
- • La localisation de ces hôtels est comparable : ils sont situés
dans le centre de Paris ;
- • Ils disposent d'une table de standing, huit étant distinguées par
le Guide Michelin 2004;
- • Alors que le rapport prétend que les palaces se distinguent par la
forte proportion de suites (29 % en moyenne, contre 15 % pour le reste
des "quatre étoiles"), des établissements comme le Raphaël, le Lutetia,
le Royal Monceau présentent un ratio nombreuses suites/total des
chambres compris entre 20 % et 40 %, et que l'Intercontinental, le
Balzac, le Lancaster, le Grand Hôtel ou encore le Prince de Galles
offrent eux aussi un grand nombre de suites (ratio autour de 20 %).
- 137. Le Meurice estime que la différenciation entre palaces et hôtels de
luxe devrait se fonder sur des critères tels que la notoriété, l'image de
marque, l'histoire, le sentiment d'exclusivité, l'emplacement de
l'établissement, les services et les infrastructures, la qualité de la
restauration, le nombre de restaurants et de bars, la qualité du service
ainsi que sa personnalisation, la décoration des parties communes et des
chambres, la qualité et l'équipement des salles de bains, leur décoration,
les prestations en matière de divertissement. Mais il considère que, de ce
point de vue, l'Hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme, l'hôtel Royal Monceau et le
Carré d'or Fouquet's Lucien Barrière qui ouvrira en 2005, pourraient aussi
être considérés comme des palaces.
- 138. Le Ritz présente une analyse comparable à partir des établissements
de la liste du Bristol classés en fonction du nombre de suites rapporté au
nombre total des chambres, les chiffres retenus étant ceux du Bristol dont
il reprend les références 2004. Il relève que des établissements comme le
Raphaël, le Westminster ou le Royal Monceau arrivent, sur ce seul critère de
la proportion de suites par rapport au nombre total de chambres, à
s’intercaler entre les six palaces retenus par l’instruction.
- 139. En premier lieu, il convient d’écarter de l’analyse les
établissements qui n’étaient pas encore ouverts au moment des faits,
c’est-à-dire entre 1999 et fin 2001. Cela concerne l'Hôtel Park Hyatt
Paris-Vendôme, ouvert à l’été 2002, le Plaza
25
- Paris-Vendôme, ouvert fin 2003, le Hilton Arc de Triomphe, ouvert en mai
2004, et le Carré d'or Fouquet's, qui devrait ouvrir fin 2005. Ces
établissements, qui n’étaient pas présents sur le marché, ne pouvaient
exercer de pression concurrentielle sur les palaces retenus par la
notification des griefs, ni être associés à l’échange d’informations. C’est
donc à tort que les parties les mentionnent comme références pertinentes
pour effectuer des comparaisons. Il est donc sans objet de rechercher les
effets hypothétiques d’une éventuelle présence sur le marché des palaces
d’établissements nouveaux à partir de 2002.
- 140. De même, la position de l’Intercontinental Grand Hôtel sur le
marché de l’hôtellerie de luxe doit s’apprécier très différemment selon que
l’on considère la période des échanges d’informations en cause, 1999-2001,
ou sa situation aujourd’hui. Cet établissement a, en effet, été fermé pour
rénovation complète à partir de 2001 pour ne réouvrir qu’à l’été 2003, avec
une offre sensiblement modifiée et relevée vers le haut de gamme. Il est
donc trompeur d’utiliser des chiffres de 2004 pour apprécier la situation
des années 1999-2001.
- 141. Cet établissement est, par ailleurs, le seul grand hôtel de luxe
qui était fermé au moment de l’enquête et qui n’a pas été retenu dans
l’échantillon PKF. L'on ne dispose donc pas de l'indication de ses prix le
concernant pour la période des faits. On peut toutefois présumer que ses
tarifs étaient à l’époque sensiblement inférieurs à ceux pratiqués depuis la
réouverture. Par exemple, si l’on s’en tient aux indications du guide
Michelin, pour le début de la période examinée on relève des premiers prix
de chambre à 1750 F, contre 3000 F en moyenne pour les six palaces, avec un
minimum de 2500 F pour le Bristol (source Michelin 1998).
- 142. Sur le fond, et comme le relève le Meurice, qui mentionne une
douzaine de critères différents, c’est bien le cumul de l’ensemble des
critères pertinents qui permet de caractériser l’offre des palaces. En
effet, la préservation de leur image et la concurrence qu’ils se livrent
pour capter la clientèle la plus fortunée, les conduit à rechercher
l’excellence sur l’ensemble des caractéristiques qui, prises séparément, ne
suffisent pas à créer une offre compétitive sur ce marché. Cet ensemble de
critères ne fait pas l’objet de contestation : une adresse prestigieuse, un
personnel nombreux dédié au service de la clientèle, un ensemble de services
annexes de luxe, un restaurant de prestige, une proportion de suites élevée,
dont certaines très prestigieuses par leur taille, leur décoration ou leur
histoire.
- 143. C’est donc à tort que les parties soutiennent, à travers les listes
fournies, que la possession d’un seul des critères ou de quelques-uns de ces
critères suffirait pour démontrer l’appartenance de certains établissements
à la catégorie supérieure des palaces.
- 144. L’évaluation des établissements par les guides spécialisés, dont
l’objet consiste précisément à classer les établissements du point du vue
des attentes du client, témoigne du contraire. On relève, par exemple, que
le guide Michelin, cité par les parties, classe les hôtels à partir d’une
combinaison de critères et non sur un critère unique, et que dans cette
classification seuls les six palaces relèvent de la catégorie "hôtel
agréable de grand luxe et tradition" (catégorie 5 rouge), tandis
que d'autres établissements de luxe comme l'Intercontinental, le Prince de
Galles ou le Royal Monceau appartiennent à la catégorie
"hôtel de grand luxe et
tradition" (catégorie 5 noir), moins bien notée.
- 145. S’il est vrai que des travaux de rénovation peuvent permettre à
certains établissements de changer de catégorie, comme ce fut le cas pour
l’hôtel George V
26
- en 1999, seuls les six établissements mis en cause faisaient partie de
la catégorie "hôtel agréable
de grand luxe et tradition" à l'époque des faits, de 1999 à 2001.
- 146. En outre, le positionnement général de l’établissement sur le
marché s’appuie aussi sur le prestige de son restaurant que le guide
Michelin, cité par les parties, classe, de la même façon que pour la partie
hôtellerie, en 5 catégories et deux couleurs, la qualité gastronomique étant
jugée par la célèbre cotation du guide de une à trois étoiles. Enfin, le
guide signale les services annexes comme le centre de remise en forme, qui
constitue aujourd’hui un élément important pour caractériser un hôtel de
grand luxe, puisqu’une vingtaine d’établissements seulement offraient un tel
service à Paris, selon le guide 2001.
- 147. Le tableau ci-après permet de résumer le classement des 20
principaux établissements cités par les parties et notamment des 11 qui sont
classés en 5ème catégorie
"grand luxe" ainsi que des deux établissements non retenus par
l'échantillon "grand luxe"
de PKF (les hôtels non encore ouverts au moment des faits ne sont
pas repris, comme cela a été indiqué au paragraphe 139) :
|
Classement Michelin 2004 (cité par le Bristol)
|
Catégorie hôtel (de 1 à 5 ) |
Centre de remise en forme |
Catégorie restaurant (de 1 à 5 ) |
Gastronomie (de 1 à 3 étoiles) |
Classement dans l’étude PKF |
|
Bristol |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * |
Palace |
|
Crillon |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * |
Palace |
|
Georges V |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * |
Palace |
|
Meurice |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * |
Palace |
|
Plaza-Athénée |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * * |
Palace |
|
Ritz |
5 rouge |
oui |
5 rouge |
* * |
Palace |
|
Grand Hôtel |
5 noir |
oui |
2 noir |
rien |
Non retenu |
|
Intercontinental |
5 noir |
oui |
non classé |
rien |
Grand luxe |
|
Prince de Galles |
5 noir |
non |
non classé |
rien |
Grand luxe |
|
Royal Monceau |
5 noir |
oui |
3 noir |
* |
Grand luxe |
|
Scribe |
5 noir |
non |
4 noir |
* |
Grand luxe |
|
Balzac |
4 noir |
non |
4 noir |
* * * |
Grand luxe |
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Castille |
4 noir |
non |
3 noir |
* |
Grand luxe |
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Costes |
4 rouge |
oui |
non classé |
rien |
Grand luxe |
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Hyatt Madeleine |
4 noir |
oui |
non classé |
rien |
Grand luxe |
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Lancaster |
4 noir |
oui |
non classé |
rien |
Grand luxe |
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Lutetia |
4 noir |
oui |
3 noir | |