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La modification de l’économie par la société de l’information

La Société de l’Information repose sur des avancées juridiques et technologiques, dont la combinaison permet les conditions d’une transformation de l’économie.

La libéralisation des infrastructures de télécommunications, artères du commerce électronique, est en cours depuis 1987 dans la Communauté Européenne. Un accord sur les télécommunications signé par 72 membres de l’Organisation Mondiale du Commerce est intervenu en février 1987.

Le commerce électronique est un élément actuel ; il est fondé sur l’amélioration des communications qui en est résulté, sur les progrès technologiques et l’abaissement des coûts.

On peut s’interroger sur la distinction qui pourrait être faite entre un commerce qui resterait traditionnel et le commerce électronique. Ceci voudrait par exemple dire que le constructeur informatique Dell, qui distribue dans une large proportion ses matériels par Internet, serait considéré comme étant dans un secteur commercial différent de ses concurrents IBM ou COMPAQ.

En fait, la société de l’information est en train de modifier l’organisation du travail dans les entreprises comme dans les administrations. L’impact des nouvelles technologies est une transformation profonde de l’entreprise, de ses métiers et de sa relation avec ses partenaires et clients. Le champ principal d’application couvre les trois composantes principales de la chaîne de valeurs de l’entreprise : le métier, les processus internes de l’entreprise et la relation avec le client.

Elle entraîne une modification des modalités de gestion des entreprises. Elle aura pour effet un éclatement de l’entreprise, avec la diminution de la différence entre produits et services. Cet éclatement s’accompagne d’une ouverture aux fournisseurs et aux consommateurs. Elle requiert une modification des processus de production et de distribution, pour adopter des concepts, tels que l’assemblage local, qui aillent de pair avec la rapidité et l’ubiquité des services de la société de l’information. Elle modifie les exigences quant aux postes de travail. Les victimes en sont, en particulier, les cols blancs dans les grandes entreprises.

Le flux d’information qui est typique de cette révolution est géré par des logiciels qui, après les grandes entreprises, vont se développer dans les petites et moyennes entreprises. L’ERP (Enterprise Resources Planning : progiciel de gestion intégrée ) repose sur le développement de logiciels (dont le pionnier a été la société SAP) qui combinent informatique et réseau de communications et qui sont capables de gérer les fonctions d’une entreprise : planification de la production, gestion des stocks et des achats, contrôle de gestion, ressources humaines. Des progiciels, appliqués aux fonctions de services après vente et service qualité, permettent même de gérer le suivi des ventes. Ces modifications reposent sur les activités de logistique rapide et de messagerie expresse dont elles favorisent le développement.

De même, cette révolution technologique est à même de permettre l’organisation et la gestion des centres d’appels des clients auprès des entreprises. En termes de relations avec les clients, la société de l’information favorise le développement de la connaissance individuelle des clients et utilisateurs, et permet l’ouverture de l’entreprise vers sa clientèle, miroir de l’ouverture des utilisateurs vers les fournisseurs. La révolution technologique en permettant une commercialisation directe par les entreprises réduit la chaîne de distribution, et offre aux entreprises une zone de chalandise mondiale. Le développement commercial de l’entreprise devient potentiellement sans limite, et peut être effectué directement par celle-ci. Dès lors, la connaissance de la clientèle et de ses besoins devient un aspect fondamental de la création de valeur dans l’entreprise. 

A l’heure actuelle le commerce électronique est souvent une extension de l’entreprise, bien qu’un certain nombre d’entreprises virtuelles se développent, par exemple au sein de galeries marchandes, etc.

En conséquence, le commerce électronique n’est pas une simple question de technologie. Il entraîne une modification fondamentale des affaires. De l’entreprise étendue, on passera à une transformation de l’industrie, de la transformation de l’industrie à une transformation de l’économie.

La transformation de l’économie reposera sur une collaboration entre industries facilitée par les contacts et les échanges de données électroniques. En conséquence, le commerce électronique va remodeler complètement les marchés et l’activité économique.

Par ailleurs, une transformation de la société elle-même peut en être attendue, grâce aux possibilités presqu’illimitées d’échanges de données entre utilisateurs de Internet, aux possibilités d’acheter de plus en plus de produits, et des produits de plus en plus variés, en se connectant au réseau. Les achats sur Internet concernent aujourd’hui non seulement les livres et les disques mais également le mobilier et certains biens d’équipement comme le matériel de haute fidélité.

L’offre sur le réseau fait perdre de leur netteté aux frontières traditionnelles. Il en est ainsi des frontières entre la publication et la distribution, entre les soins médicaux et l’assurance, entre la finance et l’immobilier. La réglementation des activités en sera nécessairement remise en question.

Pour les entreprises, le commerce électronique se présente à la fois comme une opportunité et une menace. En effet, la fraude est un phénomène majoritairement interne puisque dans 70 % des cas, elle provient de l’intérieur de l’entreprise, et d’échelons élevés du personnel.

Pour les consommateurs, le commerce électronique revêt également ce caractère ambivalent. S’ils bénéficient, grâce à Internet, d’une offre qui est devenue mondiale, et s’est donc considérablement enrichie, et d’une offre d’accès direct, les consommateurs peuvent être victimes des risques de fraude qui semblent aller de pair avec les échanges immatériels.

Nouvelle économie et épargne

Nouvelle économie et protection de l'épargne,  Bulletin mensuel COB, n°350, 01/10/2000, pp 63-99

 

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